Alors que Montréal fait face à une crise du logement et à une augmentation marquée de l’itinérance, l’archidiocèse catholique de la ville annonce la création de la Corporation immobilière catholique romaine de Montréal (CICRM). Cette nouvelle entité, à but non lucratif, vise à réaménager les propriétés de l’Église afin qu’elles répondent aux besoins de la communauté.
Une première initiative du genre
La CICRM marque une première dans le paysage religieux et immobilier. Son objectif? Utiliser le développement immobilier comme levier de valorisation patrimoniale tout en générant des retombées sociales. Avec près de 180 paroisses et un parc immobilier vieillissant, l’Église catholique de Montréal souhaite explorer des solutions de redéveloppement qui permettront de préserver leur valeur patrimoniale tout en répondant aux besoins de la communauté. Concrètement, cela pourrait se traduire par la conversion d’anciens presbytères en logements sociaux, la création de centres multifonctionnels ou encore l’intégration d’espaces communautaires à des projets immobiliers plus vastes.

Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal, souligne que les églises ont toujours joué un rôle essentiel en temps de crise. « Nous avons toujours été prêts à offrir de l’espace et de la place », a-t-il déclaré. Certaines paroisses ont déjà réaffecté d’anciens presbytères en logements sociaux, mais l’Église reconnaît qu’elle ne peut pas agir seule et souhaite collaborer avec la Ville et d’autres organismes.
Les défis potentiels des églises
Robert Beaudry, membre du comité exécutif de la Ville de Montréal en charge de la lutte contre l’itinérance, rappelle que les sous-sols d’église ont souvent été le berceau de groupes communautaires et de soupes populaires. Les églises, situées au cœur des quartiers, pourraient donc être des lieux stratégiques pour l’accueil des personnes vulnérables. Toutefois, plusieurs églises sont mal entretenues et nécessiteraient d’importants travaux de mise aux normes en matière d’accessibilité et de sécurité, comme l’ajout de toilettes, d’un accès universel et de sorties de secours, si elles devaient servir de refuges.

Au-delà des contraintes physiques, l’acceptabilité sociale représente aussi un enjeu. L’opposition citoyenne face à certains projets de transformation, comme celui d’une ancienne église à Rosemont rachetée par la Ville et la province pour 2,5 millions de dollars afin d’en faire un refuge pour sans-abri, rappelle que ces initiatives doivent être menées avec soin et dialogue.
Une réflexion à poursuivre
Pour Mario Beauchamp, agent de pastorale sociale dans le quartier Côte-des-Neiges, l’utilisation des églises pour répondre aux besoins sociaux peut être une solution, mais elle comporte des limites. « Pour certaines églises sur le point de fermer, c’est une possibilité. Mais pour celles encore très actives, la cohabitation sociale peut devenir un enjeu complexe. »
L’expérience de l’église Saint-Pascal-Baylon, qui a accueilli un centre d’hébergement pendant plusieurs hivers, illustre cette dualité. Si l’initiative a permis d’offrir un refuge à des dizaines de personnes, elle a aussi soulevé des préoccupations au sein de la paroisse.
En lançant la CICRM, l’Église de Montréal amorce une transformation ambitieuse de son patrimoine. Une vision plus inclusive et durable qui pourrait influencer les stratégies de redéveloppement urbain dans les prochaines années. Reste à voir comment ce projet prendra forme et quelles collaborations émergeront pour concrétiser cette vision.
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